Un parcours d’exposition et des évènements dans le cadre de Beaufort, la triennale de l’art contemporain au bord de la mer.

Drei Atlas
MIRYAM CHARLES — CA, 2018 — 16mm — 8’

Vitamin See
SIMNIKIWE BUHLUNGU — ZA, 2017 — video — 3’56”

Sometimes It Was Beautiful
CHRISTIAN NYAMPETA — US/SE, 2018 — video — 37’43”

Soleil Ô
MED HONDO — MR/FR, 1970 — 35mm — 104’

27/05 – 7/11
MIRYAM CHARLES à Boekhandel Corman
SIMNIKIWE BUHLUNGU à De Grote Post
CHRISTIAN NYAMPETA à Jeugdhuis OHK (fermé le 25/06)
19/06, 20:00
MED HONDO à De Grote Post
Introduction par PASCALE OBOLO et ANOUK DE CLERCQ
07, 08/08
WEAVING REALITIES différents endroits
30/10, 15:00
SANDRA MUTETERI HEREMANS et MAXIME JEAN-BAPTISTE à Mu.ZEE

L’année dernière, le mouvement Black Lives Matter a fait sensation dans les rues. La vague de protestations en Amérique s’est étendue à la Belgique. Outre George Floyd, d’autres noms ont été cités ici: Adil, Mehdi, Semira, Lamine, Mawda… À Bruxelles, des actions ont eu lieu devant le Palais de justice, un bâtiment maintenu par des échafaudages qui eux-mêmes ont besoin d’être rénové. Ainsi, les mots de James Baldwin semblent résonner dans ses grandes et froides salles: “Un passé inventé ne peut jamais être utilisé; il se fissure et s’effrite sous la pression de la vie comme l’argile dans une saison sèche”.

Le Palais de justice est l’un des innombrables exemples d’architecture en Belgique qui a été construit avec l’argent que Léopold II a collecté en pillant ses colonies au Congo, au Rwanda et au Burundi, ce qu’on appelle “l’argent du Congo”. À Ostende, nous retrouvons également cette histoire coloniale sous la forme de statues et de bâtiments. La reine des stations balnéaires a acquis sa réputation royale et son héritage Belle-Epoque grâce au roi-architecte Léopold II, qui a fait construire des bâtiments tels que les galeries royales, les écuries royales, l’hippodrome Wellington, le parc Léopold ou l’ancien Kursaal, et qui a redessiné en profondeur le plan du village de pêcheurs d’Ostende. Léopold II a également été honoré à Ostende par la statue équestre couronnant les Trois Gentils.

Comment faire face à cet héritage? À la demande de Beaufort, Monokino tente de placer les séquelles de notre histoire coloniale à Ostende sous un autre jour. Nous avons échangé un regard sur les monuments par un certain nombre d’installations vidéo dynamiques à travers la ville. Alors que les statues statiques de la ville nous regardent d’en haut, Monokino veut renverser notre regard.
Nous étions à la recherche d’histoires qui ne sont pas décrites dans les livres d’histoire, de voix qui nous murmurent derrière ces façades monumentales. Par exemple, le film Drei Atlas (2018) de Miryam Charles décrit comment une femme de ménage est soupçonnée d’avoir assassiné son ancien employeur. En tant que spectateur, vous entrez dans l’histoire de la protagoniste qui doit convaincre un officier de police de son innocence.

Là où les anciennes statues semblent souvent aliénantes, voire extraterrestres, le film est précisément un support reconnaissable auquel nous sommes confrontés tous les jours. C’est pour cette raison que les médias audiovisuels tels que le cinéma ont souvent été utilisés comme propagande coloniale. En tant que collectif d’art et de cinéma nomade, ces archives cinématographiques soulèvent un certain nombre de questions pour nous: comment exactement cette culture cinématographique et visuelle détermine-t-elle notre image (coloniale) hier et aujourd’hui? Et comment voir aujourd’hui le film et la vidéo comme un moyen de transfert alternatif de connaissances?

Le film Vitamin See (2017) de Simnikiwe Buhlungu interroge également notre manière de produire des connaissances. Qu’est-ce que la connaissance scientifique, et qui la “produit” exactement ? Deux enfants engagent un dialogue sur la mer comme métaphore du transfert de connaissances.

Dans le volet court, Christian Nyampeta et son film Sometimes it was Beautiful (2018) occupent une position centrale. Dans une salle de cinéma, différentes personnalités historiques discutent de la manière dont nous devrions encadrer l’imagerie historique des colonies aujourd’hui. Qui a le droit de (re)présenter ces histoires? Et comment?

Avec le programme Cracks and Crumbles, Monokino veut montrer qu’il n’existe pas d’image unique du passé. Il n’y a donc pas de réponse univoque. L’“histoire” est une construction intenable qui est sur le point d’éclater. Nous avons donc cherché des récits personnels et intimes qui offrent une alternative à la vision unilatérale des statues monumentales.

Outre l’itinéraire fixe, nous souhaitons également initier un dialogue actif par le biais d’un certain nombre d’événements. Nous commençons par la projection de Soleil Ô (1970), un film de Med Hondo que nous combinons avec le lancement d’un livre sur le cinéaste. Introduit par Pascale Obolo, cinéaste, activiste et commissaire d’exposition, avec Anouk De Clercq, nous réfléchissons sur l’œuvre de Med Hondo qui semble aujourd’hui plus pertinente que jamais.

À la fin de l’été, une promenade en ville avec Aldo Esparza Ramos et Yuchen Li est prévue. Ensemble, ils forment le collectif Weaving Realities, qui utilise la connaissance des aliments et des recettes pour étudier notre lien sensoriel avec l’histoire. À Ostende, ils raconteront l’histoire (coloniale) du chocolat à travers des histoires ancestrales.
Nous clôturons le programme par Carte Blanche, une soirée organisée par les cinéastes belges Sandra Muteteri Heremans et Maxime Jean-Baptiste, qui élaborent un programme sur les images “noires” ou absentes.

Avec ces artistes, cinéastes, penseurs et le public d’Ostende, Monokino entame un dialogue sur la manière dont nous pouvons traiter ensemble ce passé collectif aujourd’hui. Pour que les fissures et les miettes d’aujourd’hui ne conduisent pas à un effondrement, mais servent d’inspiration pour un avenir partagé et imaginé.

Gratuit. Réservations pour les événements via info@monokino.org.

En collaboration avec Beaufort et CINEA. Avec le soutien de Vlaams Audiovisueel Fonds, De Grote Post, Mu.ZEE, Jeugdhuis OHK, Boekhandel Corman, Archive Books.

La mer, est à nos yeux, le meilleur lieu où projeter des images, des histoires et des récits. En attendant notre prochaine projection, nous rassemblons une liste de films dans lesquels la mer joue un rôle important, qu’il soit principal ou secondaire. Penses-tu à un film qui ne s’y trouve pas encore? Nous serions ravis d’entendre tes suggestions via info@monokino.org.

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SOUTIEN — Nous travaillons pour l’instant sans subsides, votre soutien est donc le bien venu et éclairera l’écran de Monokino:

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Avec mention “donation”.

Les donations sont déductibles d’impôt à partir de 40€.
Une donation de 100€ ne vous coûtera que 55€.

TEAM — Anouk De Clercq, Baptist Everaert, Chloë Delanghe, Dagmar Dirkx, Daniella Van Remoortere, David Slotema, Deniz Erdem, Eric de Kuyper, Erien Withouck, Eva Claus, Godart Bakkers, Jana Coorevits, Johan Opstaele, June Laka, Noah Heylen, Rebecca Jane Arthur, Quinten Wyns, Xavier Garcia Bardon, Ynne De Wever.
Graphisme: Michaël Bussaer. Webdesign: Dominique Callewaert.

Avec le soutien de Auguste Orts, CINEMATEK, KAAP, KASK School of Arts Gent, Onderzoeksfonds Universiteit Gent, Vlaams Audiovisueel Fonds.

Aujourd’hui, parcourant les rues d’Ostende, le promeneur découvre un éclectisme fantastique: un bloc d’ appartements brutal et gris se trouve à côté du glorieux Thermae Palace. Le bâtiment majestueux, presque stalinien du De Grote Post, domine l’avenue Hendrix Serruys. Un ancien grand magasin héberge un musée d’art moderne. Des maisons belle époque se cachent dans des rues tranquilles.

C’est en 2017 que l’artiste Anouk De Clercq est frappée par un grand vide à Ostende. Ses rues ne rappellent en plus rien la glorieuse culture cinématographique de Henri Storck, James Ensor ou de Raoul Servais. La fermeture du cinéma Rialto signifia la disparition de la dernière salle de cinéma indépendante dans le circuit cinématographique d’Ostende. Avec un décor aussi extraordinaire, avec la Mer du Nord comme écran de projection pour des images, des histoires, c’était une perte, laissant un grand vide.

Et murit donc l’idée de Monokino: une salle, respirant ce même éclectisme, où le cinéma pourrait retrouver ses origines. Une salle ouverte aux cinéma dans toutes ses facettes: court métrages, long métrages, films d’auteur, classiques, films expérimentaux, art vidéo, animation, laissant la place également aux jeunes cinéastes et leurs premières œuvres. Monokino montre, questionne, réagit, encourage le débat, invite, met en perspective. Monokino est un endroit pour et par les Ostendais, pour les professionnels et les amateurs, pour les jeunes et les moins jeunes, pour ceux et celles d’ici et d’ailleurs.

Monokino veut montrer des films qui ne se manifestent pas uniquement sur l’écran. Ils se promènent également parmi les habitants, les spectateurs, les créateurs. Dans ce sens, Monokino est également “Kopfkino”, un cinéma mental ou les images ont la liberté d’exister et de se propager.

C’est ainsi que Monokino se promène comme un nomade dans les rues éclectiques d’Ostende et prend sa place dans la tête et le cœur des Ostendais. Bientôt elle mettra pied à terre de façon définitive.

Monokino veut pousser le cinéma dans le 21e siècle et mettre l’accent sur son côté aventureux. Nous mettons tout en œuvre pour trouver l’endroit idéal où les cinéphiles d’Ostende et d’ailleurs pourront se retrouver chez Monokino, mais en attendant, Monokino fonctionnera comme un plateforme de cinéma nomade.